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Module
Crédits ECTS
1
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L’entreprise à l’épreuve du libéralisme

Pierre-Yves GOMEZ
Pierre-Yves GOMEZ
Docteur en Sciences du Management, Professeur à l’Ecole de Management de Lyon

Dans ce module nous cherchons à comprendre la place de la personne humaine dans l’entreprise ; pour cela, il ne s’agit pas seulement d’interroger anthropologiquement la notion de personne mais aussi économiquement la notion d’entreprise. Nous partons donc de l’histoire de la société moderne et nous montrons comment l’idéal de liberté promis par le libéralisme a finalement accouché d’une organisation originale : l’entreprise.

Celle-ci est indispensable pour réaliser le projet libéral parce qu’elle propose aux individus un dessein commun politiquement et spirituellement « neutre » qui se veut exclusivement économique et prétend assurer ainsi une liberté établie comme liberté de consommer. Nous expliquons ainsi comment, lentement mais irrésistiblement, le projet libéral s’est confondu avec un projet économique, et comment l’économie est devenue la matrice idéologique de nos sociétés occidentales.

Nous suivons dans un second temps l’histoire de l’entreprise depuis son origine, pour mettre en évidence comment l’ordre économique est en réalité contrôlé par des managers. L’idéologie économique se réduit de plus en plus à un ordre managérial, qui rend abstraites les relations entre les personnes et leurs places dans l’organisation au nom de règles comptables et financières. Le gouvernement des hommes dans l’entreprise libérale intègre un nombre grandissant de normes de comportements dits « rationnels » qui ont pour effet de nier la réalité qualitative des personnes au profit de calculs économiques quantitatifs qui sont des marqueurs : combien ils produisent, coûtent, consomment ou dépensent.

Mais ces analyses objectives ne sont en rien pessimistes. A la lumière de l’encyclique Caritas in Veritate, nous montrons en effet que l’évolution moderne s’est aussi traduite par la résistance des personnes à travers des luttes, mais aussi des contournements du système économique, des inventions, des solidarités, de la créativité sociale et économique. Cette résistance traduit l’irrédentisme de la personne humaine contre tout asservissement économique. Elle invite à penser l’économie comme un moyen que les personnes s’approprient pour une fin plus large. En sens inverse, elle ouvre aussi à des perspectives pour reconnaître et défendre la dignité des personnes dans les organisations, en particulier quand elles sont faibles et vulnérables.

Directeur de l’Institut Français de Gouvernement des Entreprises, Pierre-Yves Gomez a notamment publié Le gouvernement de l’entreprise (Ed. Dunod 1996), La république des actionnaires (Ed. Syros 2001) et (avec Harry Korine) L’entreprise dans la démocratie : une théorie politique du gouvernement des entreprises (Ed. De Boeck 2009). Il tient aussi une chronique mensuelle dans le supplément économique du journal Le Monde.

Quand ?

Jeudi 23 et vendredi 24 février 2017

Où ?

Institut Philanthropos