Menu
Module
Crédits ECTS
1
crédit

L’épreuve du beau. Pour en finir avec l’esthétique

Fabrice HADJADJ
Fabrice HADJADJ
Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, Agrégé de Philosophie, Directeur de l’Institut Philanthropos

L’expérience du beau est paradoxale. Kant multiplie à ce sujet les énoncés tendus, presque antinomiques : « Est beau ce qui procure un plaisir désintéressé », « ce qui plaît universellement sans concept [c’est-à-dire sans qu’on puisse le démontrer] ». On peut pousser l’ambivalence plus loin en montrant à la fois la force et la fragilité du beau (une musique chérie, longtemps écoutée, finit par causer un étrange dégoût, ou encore une belle femme, qui bouleverse, n’est pourtant pas belle sous tous les angles ni à tous moments, etc.). On doit même reconnaître que la joie que procure une beauté profonde s’accompagne aussi de terreur (Rilke) ou de mélancolie (Baudelaire). Il faut enfin observer, avec Platon, que le beau ici-bas ne se présente jamais que sous la forme d’une épreuve : son appel nous saisit, nous met hors du raisonnable, et nous entraîne soit dans la folie infernale d’une jalouse possession, soit dans la folie divine d’une louange féconde. Et c’est pourquoi Baudelaire peut interroger cette ambiguïté souveraine en chantant :

Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l’abîme,
Ô Beauté ? Ton regard, infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l’on peut pour cela te comparer au vin.

Tous ces paradoxes rayonnent à partir d’un paradoxe central, que Plotin décrivait en disant que le beau est l’événement d’une « lumière incorporelle qui domine l’obscurité de la matière ». Aussi ce cours s’éloignera-t-il peu à peu de l’esthétique et de la phénoménologie pour aller vers une métaphysique. Depuis la beauté des formes minérales, végétales et animales (ou encore d’une casserole, d’une roue de bicyclette, d’un détritus), jusqu’à la beauté d’une femme, d’une musique ou d’une pensée, grâce aux poètes de jadis et au moyen des artistes contemporains, mais aussi avec saint Thomas d’Aquin, nous tenterons de penser en quel sens exigeant, effrayant même (et certainement pas confortable ni mièvre) « le mystère de ce qui est est mystère de beauté ».

Critique littéraire au Figaro et à Art Press, chroniqueur à Transfuge et à Prier, Fabrice Hadjadj a publié des pièces des théâtres et des essais, notamment Réussir sa mort : anti-méthode pour vivre (Ed. Presses de la Renaissance 2005, Grand Prix catholique de littérature), La profondeur des sexes : pour une mystique de la chair (éd. Seuil, 2008) L’Agneau mystique – sur le retable des frères Van Eyck (éd. L’Œuvre, 2008, Prix de l’Académie des Beaux-Arts), Le paradis à la porte : essai sur une joie qui dérange (Ed. Seuil 2011), et Comment parler de Dieu aujourd’hui ? (éd. Salvator).

Quand ?

Jeudi 11 et vendredi 12 mai 2017

Où ?

Institut Philanthropos